Mettre les IA
au service du Vivant

Par La rédaction, 3 juin 2024 à 15:47

Planète bleue

Comment mettre le tsunami technologique actuel au service du Vivant ? C’était l’objet du match sans ballon co-organisé par le CJD et le Crédit Agricole le 18 avril dernier, au sein du stade de l’Allianz Riviera, entre grêle et ondées de passage. La réponse est dans la poésie, la gouvernance et une vision claire du rapport bénéfice/risque de la technologie. Diana Sebbar, directrice exécutive d’EFELIA et de l’initiative d’excellence de l’université Côte d’Azur, a synthétisé les interventions tout en apportant sa pierre.


Grâce aux interventions de Asma Mhalla, Arthur Auboeuf, Théo Alves da Costa et Cyril Dion, les quelque mille courageuses et courageux qui ont bravé le froid ont compris que l’IA n’est pas seulement un sujet scientifique ou technologique, mais aussi un sujet politique et sociétal.


Les usages de l’IA évoluent très rapidement et vont révolutionner de nombreux secteurs qui ont un impact direct ou indirect sur l’Homme et le Vivant en général. L’IA peut être un outil au service du progrès (médecine prédictive, territoires intelligents, domotique…). Elle peut aussi être un outil au service de la transition écologique et du développement durable en permettant, par exemple, d’analyser d’énormes bases de données hétérogènes pour modéliser et faire des prédictions sur le changement climatique (cf. rapport du GIEC) ou encore en permettant aux banques de développement comme l'AFD de suivre l’alignement de l’impact de leurs investissements avec les ODD. L’IA permet également de développer des techniques de biocontrôle, de suivre l’évolution de la biodiversité, de cartographier les fonds marins pour mieux les préserver, etc.


Le développement et l'usage de l'IA posent toutefois des questions fondamentales, dont deux essentielles qui ont fait l'objet des interventions et échanges de la soirée : l'impact sur le risque démocratique et l'impact environnemental.


Comme dans son passionnant essai « Technopolitique », Asma Mhalla nous a plus particulièrement invités à nous interroger sur la porosité entre la politique, la géopolitique et la technologie. Les États entretiennent en effet une relation ambivalente avec les géants du numérique, auxquels ils sous-traitent même des fonctions régaliennes (à cet égard, on pourrait citer l'exemple éloquent du Health Data Hub pour lequel il n'existe pas en France ou en Europe d'alternative crédible à l'outil de Microsoft). Démystifier les narratifs qui nous viennent des "BigTech" de la Silicon Valley est également une nécessité car ils sont porteurs d'une idéologie, elle-même au service de projets politiques (auxquels on a pas forcément envie d'adhérer malgré leurs promesses messianiques). Questionner la gouvernance de l’IA pose enfin d'importantes questions, en raison - entres autres - des conséquences potentiellement dramatiques des biais pour la démocratie et les liens sociaux (il faut avoir conscience que les algorithmes et outils d’IA sont construits par des humains et ne sont donc pas neutres, au sens où ils véhiculent les biais qu’on leur injecte même inconsciemment).


Théo Alves da Costa a quant à lui mis en lumière la dualité entre la croissance exponentielle des usages de l’IA et les ressources limitées de notre planète. La consommation énergétique de l’IA sur l’ensemble du cycle (fabrication des matériaux, stockage des données, entraînement des modèles, usage des solutions par un nombre croissant d'utilisateurs) est telle que d’après les experts il n’est en effet pas certain que l’on puisse continuer longtemps à ce rythme. La possibilité pour l’IA d’être néanmoins un levier d'impact positif, à condition de s’interroger sur le sens que l’on souhaite donner au « progrès » et sur les innovations dont on a vraiment besoin.


Pour Cyril Dion, compte tenu de l’échec des humains pour relever le défi du changement climatique face à ce qu’il qualifie, non pas de transition écologique mais d’ ″addition écologique″, il est urgent de réinventer nos imaginaires, de redonner du sens à notre usage de la technologie et à notre destinée collective, sous peine d'être condamnés à survivre dans un monde dystopique gouverné par les algorithmes qui « faciliteraient » nos choix tout en nous éloignant de l’essentiel.


Malgré une balance bénéfices/risques actuellement largement déséquilibrée au détriment de l'environnement, la bonne nouvelle apportée par Arthur Auboeuf est que mettre l’IA au service de l’urgence climatique est possible, en imaginant de nouveaux modèles d’affaires beaucoup plus résilients et durables.


Chacun à leur façon, les intervenants en ont tous appelé à l’intelligence (et à la responsabilité) collective face au développement et à l’usage de l’IA. Pour limiter l’ampleur de la catastrophe écologique et sociale, c’est en effet tout notre modèle de société qu’il faudrait réinterroger.


J'ajoute que cela doit se faire en impliquant toutes les parties prenantes : experts scientifiques, industriels, mais aussi la collectivité dans son ensemble. La souveraineté technologique européenne - nécessaire pour ne pas dépendre complètement des BigTechs évoqués plus haut - passera par l’élaboration de politiques publiques mais également par des investissements privés importants (qu’il serait nécessaire de tripler d’après le récent rapport de la commission IA) pour soutenir la recherche et l'innovation en IA dans des secteurs stratégiques, et pour développer nos infrastructures.


Mais il faut aussi s’organiser au niveau territorial pour expérimenter et montrer, comme Arthur Auboeuf et Théo Alves da Costa, de nouveaux modèles d’affaires et d’organisation qui fonctionnent et inspirent, et qui pourront permettre ensuite de traduire les connaissances scientifiques en politiques publiques.

Sur la Côte d’Azur, cette organisation est déjà en marche.


Avec l’université Côte d’Azur qui promeut une approche transdisciplinaire de la recherche pour adresser ces défis sociétaux, qui sont des sujets complexes et systémiques.


Avec le 3IA Côte d'Azur et des projets ambitieux comme l’École française de l’Intelligence artificielle » (EFELIA Côte d'Azur), qui fédèrent, autour de l’université, Inria, le CNRS, Inserm, EURECOM et SKEMA Business School pour contribuer à la formation des étudiants et des professionnels afin de permettre une meilleure compréhension de l’IA et de ses enjeux.


Avec des chefs d’entreprise qui, après une soirée dans un stade, s’interrogeront sur le potentiel véritable de création de valeur de l’IA et sur son utilisation responsable en identifiant des cas d’usage pertinents et non critiques de l’IA (qui ne doit pas se substituer à la décision humaine), en veillant à la qualité et à la véracité des données sourcées, en se formant et en formant leurs collaborateurs aux enjeux et à l’usage responsable de l’IA et en se posant la question de l’impact environnemental des solutions d’IA et de leur impact sur l’organisation.


Avec des collectivités et des partenaires qui développent des initiatives visant à acculturer le grand public à l’IA (et notamment la Maison de l'Intelligence artificielle et l’Institut EuropIA).


Avec nous tous, qui - en tant que citoyens - avons le droit et le devoir de développer une pensée critique à l’égard de l’IA et de ses impacts (fake news, manipulation de l’information et de l'opinion, publicité ciblée…) pour prendre des décisions éclairées et faire entendre notre voix (les élections européennes, c’est en juin...)


En bref, un (des nombreux) message(s) de cette soirée pourrait se résumer ainsi : grâce à l'intelligence collective, nous avons le pouvoir d’écrire un nouveau récit dans lequel l'intelligence artificielle est développée et utilisée au service du Vivant, dans une optique de durabilité.




Les intervenants


Théo Alves da Costa, président de l’ONG Data for Good

Il est spécialiste de l'interaction entre analyse de données, IA et transition sociale et écologique. Il est également directeur IA & transition pour Ekimetrics, et porte-parole Tech For Good de Impact France.


Arthur Auboeuf, fondateur de Team for the Planet

Team for the Planet est un mouvement citoyen dédié à la lutte à grande échelle contre le dérèglement climatique. Il mobilise déjà plus de 70 000 actionnaires et veut rassembler 1Md€ pour financer 100 innovations majeures à l’échelle de la planète.


Cyril Dion, réalisateur français, poète et écrivain engagé

Auteur de nombreux ouvrages, il a réalisé les documentaires “Demain” (récompensé aux Césars en 2015) et “Animal” (2021), traduits et diffusés dans 30 pays.


Asma Mhalla, spécialiste des enjeux géopolitiques de la Tech

Enseignante-chercheuse à Columbia, Sciences Po et Polytechnique, membre de l'EHESS/CNRS. Avec son livre “Technopolitique” (février 2024), elle ose une thèse forte et perturbante sur l’impact des technologies de l’hypervitesse (IA, réseaux sociaux, métavers, implants).


Diana Sebbar, directrice exécutive de l’initiative d’excellence (IdEx) de l’université Côte d’Azur et directrice exécutive d’EFELIA au sein de l’Institut 3IA. Avec son équipe, elle a l’ambition de bâtir une école française de l’IA.




Les G.O.


CJD Nice Côte d'Azur


Fort de 450 membres en région Sud, le mouvement est composé d’un réseau de 75 dirigeants à Nice, et le CJD Nice vient de fêter ses 60 ans (au niveau national, le mouvement est né en 1938 et compte 6 000 membres). Animé aujourd’hui par Maxime Massiera, président d’Aucop, et par un bureau de dix membres, les Jeunes Dirigeants de Nice Côte d’Azur ont la conviction profonde qu’une économie au service du Vivant incarne la clé de la compétitivité des entreprises. Le mouvement est non partisan et est force de propositions concrètes en matière d’emploi et de stratégie d’entreprise.


Crédit Agricole


Aux côtés de particuliers, professionnels, agriculteurs, petites et grandes entreprises, associations ou encore collectivités, le Crédit Agricole Provence Côte d’Azur accompagne près d’un million de clients dans la réalisation de projets de vie. Entreprise citoyenne et engagée, elle porte fièrement ses valeurs de solidarité, loyauté et responsabilité au service du bien commun.


Sans oublier les sponsors et partenaires qui ont fait de cet événement un succès.

Parution magazine N°45 (juin, juillet, août)

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